Histoire de famille suite

Famille de LAUBIER

Mimi fille de Michel : « À partir de ces moments, plus rien ne sera comme avant. Plus de musique en famille. Plus de parties d’échec… L’épisode de la guerre de 14 a eu une influence déterminante sur le caractère de notre père. (…) Notre père nous a toujours paru comme « détaché » de la vie. » Une photo, prise après la guerre, montre la famille rassemblée, amputée de ses deux aînés. Les visages sont graves, comme découragés. Pour ma part, je suis convaincue que l’épisode de la guerre de 14 a eu une influence déterminante sur le caractère de notre père. Il l’a vécue au moment de l’adolescence, quand la famille semble encore soudée, complice dans les jeux comme dans les disputes. Rupture, séparation, solitude de la pension, disparition tragique des deux figures protectrices de cette fratrie de 6 garçons…Notre père nous a toujours semblé comme « détaché » de la vie. Nous nous souvenons tous qu’une de ses sentences favorites était la citation du Livre de la Sagesse : « Vanitas vanitatum omnia vanitas », ( vanité des vanités, tout est vanité) qu’il nous citait plus souvent en grec , que je ne saurais retranscrire…Il semble qu’il ait traversé la vie en y jouant le rôle qu’il devait y tenir, comme époux, comme père de famille, comme responsable de son service professionnel, mais une part de lui-même était comme « réservée », à laquelle il consacrait les heures du matin, très tôt levé (dès 4 h), à sa guise, seul, silencieux, à l’écart du reste de sa vie. Sa rencontre avec notre mère et son mariage illustreront bien, je crois, cette façon d’aborder l’existence.

 Il faut donc que nous parlions de notre mère, que Michel épousa en janvier 1930. »

Marie, dite Mimi, une des filles de Michel et Agnès, raconte ce que sa mère, surtout, lui a raconté :

 

Maman : Agnès Desrousseaux, née le 29 août 1904

 

C’est un tout autre contexte ! Une maman veuve après 5 ans de mariage, sans profession – normal pour l’époque – avec pour seuls revenus les loyers des maisons des courées attenant à la maison principale. Cette maison, où nous avons vécu, nous les enfants de Michel et Agnès, avait été construite par le grand-père maternel de notre maman, l’architecte Auguste Dupire. Maman se souvenait avoir vu travailler l’artisan qui a sculpté les pierres de la monumentale cheminée de la grande salle, sur laquelle le « SALVE » accueillait les hôtes. Donc, une très belle et grande maison, mais pas d’argent pour vivre. Tout était calculé. Quand, petite fille, maman était invitée chez une amie, sa mère lui confiait une pièce de cent sous, en lui disant : « C’est pour l’honneur de la famille. » Ce qui signifiait que la pièce devait revenir à la maison…

Un frère, Jean, son aîné, avec qui elle aura toujours d’excellentes relations. Garçon, il pouvait faire des études, ce dont Agnès a été privée, elle qui aurait aimé devenir infirmière. La famille étant très désargentée, tout a été organisé pour que ces études soient possibles, quitte à ce que la famille déménage sur les lieux des études de Jean : Rouen, puis Paris, pour l’école Centrale.

 

Il faut ajouter également le fait que la mère de Maman, notre « Bonne-Maman » (Yvonne, la mère de Papa, a toujours été pour nous « Mamie ») Hortense, était d’un naturel assez dépressif, sujette aux crises d’asthme. Très douée pour les arts (elle fut l’élève du peintre Rémy Cooghe, peintre roubaisien localement célèbre, de nombreuses toiles de lui sont au musée de la Piscine à Roubaix), elle était sans doute mal armée pour affronter les difficultés qui découlèrent de son veuvage. Elle était néanmoins soutenue par ses frères, notamment Maurice Dupire, qui gérait pour elle les revenus des loyers des maisons de cour (réalité sans doute méconnue dans le reste de la France), et par une cousine de son mari défunt, Jeanne Dubly- Desrousseaux (« cousine Jeanne », marraine de Cécile) qui lui donnait des éléments de sa garde-robe (« du grand faiseur », aurait dit maman).

Elle venait souvent prendre le thé, amenée par son chauffeur…Nous avons encore quelques pièces du service à thé qu’elle avait offert à sa cousine par alliance.

 

Tout cela ne faisait pas une vie très drôle. À l’âge de douze ans, maman raccommodait les chaussettes de son frère, elle terminait les ouvrages de couture ou broderie que sa mère avait commencés, et qu’elle lui donnait en disant : «J’ai vu l’effet que cela fait, tu peux continuer maintenant. » Ajoutons à cela l’existence d’une bonne-maman Dupire (veuve de l’architecte Auguste Dupire), c’est-à-dire la mère d’Hortense. Elle n’habitait pas très loin, dans une maison que j’ai moi-même bien connue, plus tard, au coin de la rue du Trichon et de la rue des Arts. C’est maman, encore bien jeune, qui venait régulièrement rendre visite à cette grand-mère âgée, lui rendre les menus services dont elle pouvait avoir besoin. Ce qui déchaîna la jalousie de tante Céline, la deuxième épouse d’Auguste Dupire (un des fils de l’architecte), laquelle chassa maman de la maison comme une malpropre en lui interdisant d’y remettre les pieds…ce qui l’a fait beaucoup souffrir, puisqu’elle s’en souvenait assez pour nous le raconter…au moins 40 ans plus tard !

 

Tout ce que je viens de raconter montre une enfance pas drôle du tout. Malgré cela, il faut nuancer les choses en soulignant le tempérament résolu, dynamique et ouvert de notre mère. Cette enfance dépourvue de douceur lui a forgé un caractère solide, et n’a pas entamé sa capacité à se réjouir des plaisirs que la vie pouvait lui offrir. J’en garde deux, qu’elle a cultivés toute sa vie : le bridge et la cigarette. Pour cette dernière, je peux en raconter l’origine : Un de ses oncles paternels, l’oncle Paul Declercq, (époux de Mathilde Desrousseaux, l’unique sœur des trois frères, dont Félix est le père d’Agnès, notre mère) cet oncle avait une propriété de campagne à Hesdigneul, dans le Boulonnais. Maman y passait quelquefois des vacances et, déjà grande adolescente, elle accompagnait un prêtre, familier de la famille, pour sa messe matinale. Au retour, dans la carriole qui les ramenait à la maison, le prêtre se roulait une cigarette et en offrait une à maman…qui apprit ainsi à fumer…et à rouler elle-même ses cigarettes, ce qui n’a pas manqué d’en étonner plus d’un !

 

Pour le bridge, je ne sais rien. C’est plus probablement un apprentissage par le biais de la famille de Laubier. Maman était une vraie « mordue » du bridge, et Michel pourra en dire plus long que moi sur ce thème. Je peux simplement ajouter que, pendant la guerre, lorsque nous étions réfugiés à Mallièvre (Vendée), elle a initié suffisamment de partenaires pour pouvoir jouer : ses neveux Albert et René Leman – qui en ont toujours parlé comme des meilleurs souvenirs de cette époque – Et même Jules Revaud, ouvrier agricole, chez qui Cécile et moi avons été pratiquement recueillies, alors que nous logions dans un misérable hangar après avoir été chassés par l’oncle Albert, le père des jumeaux Albert et René, à la suite d’une sombre histoire de bouteille d’encre renversée (je raconterai peut-être ça plus tard…). (Ça paraît très compliqué, tout ça, et j’espère que vous vous y retrouvez à peu près. Une consultation de l’arbre généalogique, de temps en temps, peut permettre de situer toutes les personnes ici évoquées)

 

Il me faut maintenant faire un retour en arrière pour évoquer quelques épisodes de la guerre de 14, que notre mère a vécus « en direct », au moins pendant les premières années de guerre. La maison de la rue Rémy Cooghe (qui s’appelait à l’époque la rue des Fleurs) a été réquisitionnée par les Allemands dès le début de la guerre, pour y installer un bureau de paie pour les soldats. En effet, la fenêtre de la grande pièce, qui donne sur la rue, s’ouvre par un système « à guillotine » (à l’anglaise) ce qui permet d’en faire une sorte de guichet. Les Allemands s’installent au rez-de-chaussée ; maman, son frère et sa mère, à l’étage. Une histoire nous a été racontée que, visuellement, je situe dans le vaste escalier, où je vois les deux « acteurs » : la mère, Hortense, en hauteur de quelques marches ; au pied de l’escalier, un jeune et fringant officier prussien, qui interpelle la dame et, pour l’impressionner, lui lance : « Notre Empereur, il montera aussi haut que votre Napoléon !!! » A quoi Hortense répond, geste à l’appui : « Il descendra aussi bas !!! » Furieux, l’officier dégaine son arme et la pointe sur Hortense…une seconde, peut-être. Hortense reste de marbre… et l’officier tourne les talons ! (Michel qui connaît les lieux, doit visualiser cette scène aussi bien que moi !).

 

Deux autres anecdotes de la même époque : Jean va en classe à ND des Victoires. En rentrant, traversant une bonne partie de Roubaix sur ses petites jambes, il garde dans sa poche un truc que les gamins d’aujourd’hui ne connaissent peut-être plus : une petite poire en caoutchouc qu’on peut dissimuler dans la main, et qui se fixe à un doigt par un simple anneau. La petite poire a été remplie d’encre, à l’école. Quand Jean suit un bel officier avec son ample cape bien drapée, un petit jet discret d’encre dessine de jolies arabesques, qu’on ne découvrira que trop tard pour punir le garnement !

 

Maman nous a souvent dit que les simples soldats étaient plutôt de braves types, les Bavarois disait-elle, moins arrogants que les Prussiens. Un jour qu’elle revenait de chez bonne-maman Dupire avec, dans son cabas, quelques bouteilles de vin sauvées de la cave où elles étaient bien dissimulées, le tout recouvert de quelques poignées d’herbe, maman est dépassée par un soldat qui demande ce qu’il y a dans le cabas. « De l’herbe pour les lapins, » dit la fillette. Le soldat s’empare du sac et dit : « C’est bien lourd pour la petite ! » Et il raccompagne maman jusqu’à la maison, où il la laisse gentiment avec son chargement d’« herbe pour les lapins »…Ouf !

 

À quel moment ? je ne sais, la mère et les deux enfants ont quitté Roubaix pour rejoindre la Normandie, plus précisément Elbeuf, où l’oncle Auguste, (l’époux de l’horrible tante Céline !) est rapatrié avec, je crois, l’usine textile où il travaille, le Peignage Amédée Prouvost (je ne suis pas sûre de la justesse des éléments, qui pourraient facilement être vérifiés dans une histoire du textile roubaisien pendant la Grande Guerre). Bref, Auguste a sans doute voulu préserver sa sœur et ses neveux en les faisant venir à Elbeuf. C’est l’autorité allemande qui organisera l’évacuation d’une partie de la population, notamment pour cause de disette, afin de diminuer le nombre de bouches à nourrir, sur ce territoire complétement bouclé. Mais, pour y parvenir, ce n’est pas simple ! Le train, par un périple qu’on n’imagine pas, atteindra la Normandie en passant par la Suisse ! Maman se souvenait surtout du froid qui régnait dans le compartiment, et comment elle soufflait sur la vitre pour dégager un petit hublot de vision. Elle se souvenait surtout avec délice du bol de chocolat offert par la Croix-Rouge à leur arrivée en Suisse (il est amusant de remarquer que c’est entre autres Georges de Laubier, celui qui sera son beau-père, qui s’est occupé du bien-être de ces évacués). Je ne sais pas combien de temps a duré leur séjour à Elbeuf. Suffisamment pour que Jean soit scolarisé au lycée Corneille de Rouen, dont il gardait des souvenirs très précis.

 

Au retour à Roubaix, on découvrira que la maison a été cambriolée et vidée d’une bonne partie son contenu…dont maman retrouvera des éléments dans les maisons de cour, derrière chez nous. Depuis lors, il y a des barreaux aux fenêtres qui donnent sur le jardin…fenêtres à décor de vitrail, ce qui permettait facilement de dégager un motif et de relever l’ouverture, à guillotine, elle aussi.

 

Dernière précision avant d’arriver à l’époque où nos parents se sont rencontrés : Quand Jean est arrivé à l’âge des études supérieures, admis à l’école Centrale, il a fallu déménager à Paris. Maman parlait peu de cette époque, dont elle ne racontait que quelques souvenirs « flashes », comme d’avoir traversé la place de la Concorde en montant sur le pare-chocs des voitures, tant la circulation était dense et bloquée. Ou encore le jour où une vitre du métro a explosé dans son dos, sous l’effet de la pression. Ou encore le papier journal qu’elle mettait dans ses chaussures quand celles-ci étaient trouée, faute de pouvoir les ressemeler…

 

Nous voilà arrivés à la rencontre de nos parents et de leur mariage.

 

Georges de Laubier est décédé d’une crise cardiaque en février 1923, à l’âge de 54 ans. Avec sa disparition, les difficultés financières vont s’abattre sur la famille de Laubier. Yvonne, son épouse, se lancera dans une petite entreprise de biscottes, ce qui a tout juste permis de continuer à vivre dans la belle maison du 8 rue Henri Bossut, à Roubaix. Cependant, Christian, le frère aîné de Michel, a rencontré Agnès Brame, et le mariage est célébré. Mais le jeune couple est aussi désargenté que les parents (Christian, ingénieur de l’école Centrale, homme éminemment intelligent et inventif, est également un être hautement fantaisiste, peu doué sans doute pour « faire de l’argent » …) Bref, le jeune couple s’installe rue Henri Bossut. Michel sent qu’il est temps, pour lui aussi, de songer à se marier afin de laisser la place libre. Il n’a pas non plus une situation professionnelle très reluisante : au décès de son père, il a dû abandonner tout projet d’études supérieures, et a trouvé un emploi au Crédit du Nord. Qui s’est chargé de lui trouver une épouse ? Je l’ignore, mais je vois des liens possibles entre les familles par le biais de la profession d’architecte (Georges, d’un côté, et la lignée des Dupire de l’autre). Également, proximité topographique : la belle-mère de Jean Desrousseaux, le frère d’Agnès, qui vient d’épouser Mileine Bernard, habite à deux pas de la rue Henri Bossut. On doit fréquenter la même paroisse, sans aucun doute. Dans le même quartier, habite aussi la cousine Jeanne que j’ai mentionnée plus haut.

 

Le parti proposé est le suivant : Agnès Desrousseaux, 26 ans, de bonne famille, de bonne santé (on n’imagine pas aujourd’hui l’enquête qui se faisait pour s’assurer qu’il n’y avait pas de « tare » dans la famille ; maman a toujours gardé ce réflexe quand on parlait de telle ou telle famille, elle savait s’il y avait eu tuberculose, épilepsie, ou autres…) La « tare » de Agnès est d’un autre ordre : elle n’a pas de dot !! Cependant, Agnès vit avec sa mère, Hortense, et la maison leur appartient : le couple aura donc un toit, ce qui compense l’absence de dot. Fiançailles, suivies du mariage le 24 janvier 1931. Dernier détail qui montrera ce que maman a dû accepter (nous dirions aujourd’hui « encaisser ») : pour son mariage, elle portera la robe de Mileine, sa belle-sœur, elle n’a pas les moyens d’en avoir une neuve, bien à elle. (la robe lui allait d’ailleurs très bien, si on en juge par les photos) (je dois préciser que je tiens les détails du mariage de nos parents de tante Agnès, l’épouse de Christian, qui me les a rapportés bien après le décès de notre père ; pour le reste, ce sont des bribes de conversation avec maman, au fil des années)

 

Voyage de noces vers la Suisse, en passant par le couvent de Voirons, pour rencontrer François, le jeune frère de Michel, tout jeune dominicain, qui a fait ses études de théologie à Fribourg. De nombreuses photos montrent maman très souriante, visiblement heureuse de sa nouvelle vie ; heureuse aussi de faire la connaissance de François, avec lequel elle aura toute sa vie des relations de chaleureuse fraternité. Retour à Roubaix, installation du couple rue Rémy Cooghe, laissant à Hortense son espace privé, la grande chambre avec sa salle de bain. La vie commune commence, et c’est l’occasion de découvrir le « fonctionnement » de chacun, dans le prosaïsme de la vie quotidienne. Pour Agnès, première découverte du tempérament non-conformiste de son époux : quand il apporte à la maison ses effets personnels (vêtements et linge), c’est dans un drap dont il a noué les quatre coins…Le rythme de vie se révèle, lui aussi, original : Michel se lève à 4 heure au plus tard. Agnès croit de son devoir d’en faire autant. Elle se fait renvoyer au lit rapidement et comprend qu’il vaut mieux laisser son mari vivre à sa guise. À quoi s’occupe-t-il ? Il commence par faire du café – dont il ira porter une tasse à sa belle-mère qui ne dort guère – il lit en fumant sa pipe. Il sera toujours temps de se préparer pour aller au bureau.

 

Très vite, maman est enceinte. Jean naît le 22 octobre 1931. Maman disait toujours qu’il s’en était fallu de peu qu’on ne les accuse d’avoir fait « Pâques avant Carême » ! Mais – ouf ! – à un jour près, on est dans les temps !!

 

Un an plus tard, c’est la naissance de Agnès (17 décembre 1932), tout de suite appelée Poupette, tant elle était menue à la naissance, une petite poupée.

 

Nombreuses sont les photos qui montrent cette petite famille heureuse : en vacances à la plage (en Belgique à Coxyde), ou dans le jardin, rue Rémy Cogghe, avec les oncles et tantes. Jean joue du tambour, Poupette, de la trompette. Les liens avec le couple de Jean et Mileine Desrousseaux sont étroits. On se reçoit très souvent. Les enfants : Jean et Poupette d’un côté, Jean-Pierre et Bernard de l’autre, qui ont le même âge, font une bonne équipe. Les deux banquettes de chaque côté de la cheminée (Michel voit de quoi je parle) faisaient d’excellents refuges pour les « Indiens » ou les « Gendarmes » … Maman a passé son permis de conduire, elle conduit les enfants en classe chez les Dominicaines, rue de Lille, à deux pas de la maison qu’habite maintenant Yvonne de Laubier, (où elle restera jusqu’à sa mort, le 28 décembre 1940.)

 

En fin de semaine, Michel et Agnès retrouvent le docteur Prouvost, (par ailleurs médecin de la famille) rue de Lille, pour faire de la musique : Michel joue toujours du violon, le docteur, du violoncelle, madame Prouvost, du piano. Trios de Mozart ou de Beethoven. Agnès écoute, elle aimerait apprendre à jouer d’un instrument. Sa belle-mère, Yvonne, lui offre une guitare, mais elle devra abandonner très vite, les leçons coûtent trop cher, et la guitare est revendue. Reste à la maison le très beau piano, « quart de queue » sur lequel Poupette fait ses débuts. Je suis sûre qu’elle a dû être capable de jouer les Scènes d’enfant de Schuman avant la guerre, car ces mélodies étaient dans ma mémoire, bien avant que j’aie pu les entendre à la radio ou en concert.

 

7 mars 1938 : naissance de Marie, dite Mimi.

 

7 juin 1939 : naissance de Cécile.

 

Depuis déjà quelque temps, le ciel de l’Europe s’est obscurci. Au moment de ma naissance (1938), le docteur Prouvost, (qui sera mon parrain) tient son uniforme prêt pour répondre à la mobilisation qu’il pense imminente. C’est partie remise. Pas pour longtemps. Au moment de la naissance de Cécile, 15 mois plus tard, les menaces se précisent. De plus, bonne-maman Desrousseaux est de plus en plus faible et souffrante ; elle décédera avant la naissance de Cécile.

 

On parle maintenant ouvertement de guerre. L’expérience de 14, encore proche, fait qu’on envisage de quitter Roubaix pour la Vendée où maman a des cousins : la famille Leman, descendants de Marthe Dupire, (la sœur d’Hortense dont la vie, mouvementée, mériterait un autre chapitre). Ils habitent un petit village tranquille sur les bords de la Sèvre Nantaise, Mallièvre, 200 habitants. Des photos datant de 1910 environ, montrent les enfants de Marthe et d’Hortense pataugeant dans la Sèvre, avec un plaisir évident. Donc, les cousins se connaissent bien, et les Leman sont prêts à accueillir les « réfugiés du Nord » (eux qui n’ont pas connu l’occupation, 20 ans plus tôt).

 

Ce qui déclenchera le départ, c’est l’entrée des Allemands en Belgique : s’ils sont demain en Belgique, ils seront après-demain à Paris, et nous sommes sur leur route…On a oublié aujourd‘hui quelle empreinte l’occupation allemande avait laissée dans les esprits. Les populations occupées (tout le Nord, la Champagne, les Ardennes…) ont connu la privation de liberté, la faim et la peur, pendant 5 ans. Sans rien dire de tous ceux qui ne sont pas revenus. Dans mon enfance, se faire traiter de « tête de boche » était véritablement une insulte ! Au moment de la déclaration de guerre, l’ambiance était si tendue que, à l’annonce de la nouvelle, Jean et Poupette sont allés de terrer dans leur cachette favorite, terrorisés par la perspective de je ne sais quel péril atroce… »

 

Ici pourrait prendre place le récit des années passées à Mallièvre. Mais Michelné après la guerre

(28 juin 1946), ne les a pas vécues, il ne peut que deviner l’énorme impact qu’elles ont laissées sur ses sœurs.     Revenons donc à Roubaix, retrouvé – bien à regret – au retour de Mallièvre.

Désormais, les albums de photos racontent tout seuls les histoires. Aussi vais- je en donner un simple raccourci.

 

D’abord, Michel, dit Michou : l’étonnement devant ce petit frère inattendu, si peu semblable à nous, débordant d’énergie, n’ayant peur de rien, essayant tout ce qui peut l’être, même la spéléologie (Je le vois encore se promenant dans le noir, sa lampe de poche fixée sur le front, pour voir « ce que ça fait » ! …) Je crois qu’il a eu une vie très différente de la nôtre, et notamment, des relations très différentes avec ses parents. Il en parlerait avec plus de justesse que moi.

 

En résumé : Jean, le fils aîné, fera quelques études de dessin industriel, qu’il abandonnera pour entrer dans l’armée, carrière qui lui convenait très bien. Il épousera Anne Gerlinger, dont il aura une fille, Christine. Son divorce sera sa perte : ne voulant pas faire porter à sa famille le « déshonneur » d’un divorce, il s’exilera au Maroc, d’abord, puis reviendra près de Châlons, à Montcoy, où il mourra le 1er mai 1962, deux mois après la naissance de sa fille Marie-Agnès, laquelle sera abandonnée par sa mère, placée à l’Assistance publique, et retrouvera notre trace, donc sa véritable famille beaucoup plus tard. Elle a épousé Daniel ROUCOU dont elle a deux fils.

 

Bien que les filles ne comptent que « pour du beurre et du fromage » dans cette histoire, je tiens tout de même à préciser que Poupette (Agnès) épousera Jean LARDEUX, qu’ils auront 6 enfants, dont le deuxième, Dominique, seul garçon de la fratrie, mourra d’une tumeur au cerveau à 4 ans, en 1962, année fatale, puisqu’elle a déjà vu la mort de Jean, et celle de l’oncle François, le dominicain (13 mars 1962). Année fatale aussi, mais en positif, puisque j’y ai rencontré celui qui devait devenir mon mari : André DESTOMBE

Les filles de Poupette et Jean : Françoise, épouse d’Alain FOUIN (décédée en 2020), l’aînée, puis Marie-Antoinette épouse d’Emmanuel de la GARANDERIE, Geneviève, divorcée, habite Paris ; Agnès, la farouche célibataire, opticienne à Paris ; Véronique, dont on peut suivre sur you tube (ou équivalent) les exploits.

Jean et Poupette ont été pour moi de véritables parents d’adoption, je ne leur pardonne pas d’avoir quitté ce monde tous les deux en 2016.

Dans l’ordre, c’est donc Marie, épouse d’André DESTOMBE (28 février 1965) et leurs trois enfants :

François, divorcé, père de 4 enfants, 2 filles et 2 garçons ; Marie (qui devait s’appeler Claire…) en couple avec Caroline, deux garçons adoptés vit, pour le moment à Hong-Kong ; Hélène, épouse d’Alain BLACHAIR, sans enfant. Habitent Nancy.

Vient maintenant Cécile, divorcée de Pierre DARRAS, dont elle a eu 3 fils : Jean-Baptiste, Thomas et Benoît. Elle est décédée en 2012. Seul Jean-Baptiste habite le Nord, nous nous voyons de temps en temps.

 

Et Michel, qui a épousé Marie Vernier. Ils ont eu trois merveilleux enfants (comment avez-vous su que c’est une fille de Michel et Marie qui a repris la main ?).

Michel et Marie vivent d’abord dans le Nord où naissent Grégoire, en 1969, Caroline, en 1974 et Anita, en 1976 (peut-être un peu Paris d’abord… ?), Maubeuge, Floursies (où ils ont rénové une ancienne ferme).

Michel travaille à Auchan Louvroil.

Ils partent pour Bordeaux où Michel travaille à l’ouverture d’Auchan Bordeaux-Lac. Il montera et ouvrira ensuite Norauto Bordeaux-Lac duquel il sera directeur de nombreuses années aidé de son épouse (on s’y est bien amusés avec les transpalettes !).

Ils vivent au Haillan où ils ont rénové une ancienne ferme, qui fait maintenant une bien agréable et belle maison faite pour recevoir la famille et les amis. L’âme du Nord est venue s’installer au Haillan !

Grégoire épouse Sylvie Dupouy et a deux enfants jumeaux Alrick et Ninon, en 2006. Ils vivent à Villenave d’Ornon, près de Bordeaux.

Caroline épouse Christophe Loubet et a deux enfants Morgane, en 2002, et Cleia, en 2004, ils vivent au Pian Médoc, près de Bordeaux

Anita épouse Amaury Leblanc et a deux enfants, Maurine, en 2007, et Baptiste, en 2009. Après s’être rencontrés à La Rochelle, ils se sont installés à Lille, puis en Belgique, et enfin à La Grimaudière, près de Poitiers, un retour vers les terres de Laubier ! Ne reste plus qu’à en être Seigneurs… c’est pas mal parti ! Merci Anita, la boucle est donc bouclée.